Panne de voiture

RAO

Etre une femme dans la société actuelle ? Mais c’est fantastique. Ce qui jusque-là était un véritable calvaire dont on se remet à peine, a parfois son côté positif. Il faut avoir un peu ou même beaucoup d’humour dans la vie. C’est toujours indispensable. Et avoir une panne de voiture aujourd’hui revient au même qu’il y a quarante ans, je veux dire qu’on a toujours affaire à l’expert super-macho qui va faire montre de toute sa nature masculine. Il faut voir ça ! Je  profite de l’occasion évidemment pour étudier l’homme sous ses traits naturels, je veux dire que j’ai là une occasion de faire mes petites observations. Quand on a un problème de voiture, le mieux est de faire l’idiote et de dire quand les voyants du tableau de bord s’allument :

  • Je ne comprends pas, tous les voyants sont allumés et ça fait un drôle de bruit… J’imagine que ça doit venir de l’embrayage, je ne sais pas si je peux continuer comme ça.

Ceci dit, surtout le coup de l’embrayage, on se sait d’une inutilité totale et d’après les regards des uns et des autres qui s’entrecroisent, on comprend qu’ils se demandent bien sur qui ils sont tombés. C’est tout à fait cela, à dire vrai, l’histoire de la mécanique nous est complètement étrangère à nous les femmes et, en plus, cela nous amuse de mettre sur le gril ceux qui s’y connaissent vraiment. Cela nous rappelle le quotidien, c’est vrai que l’on trouve très important de ranger les armoires, nettoyer la salle de bain et faire la cuisine. On dirait que nous sommes les seules à nous rendre compte que tout est en ordre. L’homme, lui, trouve toujours que c’est sale, qu’on laisse des taches partout ou bien,  la phrase fatidique : «je ne vois pas où est le problème», et nous voilà seules au monde devant nos histoires de tâches ménagères. C’est bien ça, les femmes et leurs problèmes de ménage et eux qui s’amusent beaucoup de nos insinuations mécaniques.

Imagen de Stephane en Pixabay

Ceci dit, il y a généralement deux attitudes, se rendre à une station-essence classique où avec un peu de chance, on peut trouver un ou deux routiers pour nous aider, ou bien, aller directement à un garage connu de tous comme Renault, Citroën ou Peugeot, même si je sais bien que la note va être salée.

En Espagne, il y a l’intermédiaire, le garage de quartier, mais, bien entendu, il faut le savoir. Les deux pays là-dessus sont différents, c’est clair. En Espagne, ça coûte deux fois moins cher pour la réparation et, selon les pays, la garantie est la même. Les Français, eux, c’est une autre paire de manche. En général, comme je l’ai déjà dit, je crois, ce sont des experts, d’ailleurs, ils sont tous nés comme ça, ils savent tout. Il faut d’abord demander un «rendez-vous» pour expliquer ce qu’a la voiture, ensuite, ils annoncent le prix, le devis classique, puis on fixera un rendez-vous avec la voiture et là, c’est la douloureuse, mais le travail est fait. Ce qu’il y a de sûr c’est qu’une fois la panne réparée, on te sape le moral en t’annonçant tout ce que tu dois réviser par la suite, parce que tu ne l’as pas fait à temps et que c’est obligatoire. Par exemple, les pneus, incroyablement usés ou bien la vidange, c’est vrai que je m’en fiche comme de ma dernière chemise, ou bien je me fais réprimander parce que je n’ai pas mis l’attestation de l’assurance de l’année au bon endroit. On va me faire également la remarque de la jauge – tout un monde pour moi – du réservoir du lave-glace qui est à sec, du lavage de moteur. Déprimant !

Ils le font tous les combien eux le ménage à la maison ?

Le terrible dans tout ça c’est que je me demande pourquoi la majorité d’entre eux ne voient pas en quoi c’est nécessaire de faire le ménage. Il y a ce qui est essentiel et ce qui est accessoire. La mécanique fait partie de l’accessoire parce qu’on a beau avoir quelques notions, ça ne sert à rien, il faut y aller de toute façon. Où ? Eh bien au garage des experts, pardi.  Ils sont là pour ça, sinon ils n’ont plus aucune raison d’exister. Que ferait-on en France si on n’avait pas tous ces experts ?

En Espagne, on sait bien que ça ne fonctionne pas comme ça. On s’adresse habituellement à un garage. On parle au patron qu’on croit connaître depuis longtemps parce que tout le monde se tutoie dans ces cas-là. On dit donc à Javier – ils s’appellent tous Javier – ce qui se passe, c’est important de parler de l’embrayage parce que ça donne toujours l’air de s’y connaître et ça marche. On va sans doute parler de la courroie de distribution qui est toujours hors d’usage, je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça, une vue de l’esprit comme une autre ou alors pour ne pas être en reste, on dit qu’il faudra faire une révision, au garage d’origine, parce ce sont des choses très compliquées, il y a toujours un problème d’informatique, bien entendu. On se rend compte alors que ce n’est plus une voiture mais un vrai Boeing. Il ne s’agit plus d’embrayer, d’accélérer et de mettre la musique à fond, après réglages des rétroviseurs pour se regarder un peu dans la glace, non, c’est maintenant un tout nouvel avion  qui va décoller. Saperlipopette ! Javier, un habitué des commentaires féminins ne s’étonne de rien et dit : Oui, oui, je vais régler la boîte de vitesse, il dit ça d’une voiture automatique ! «Laisse-nous ta voiture, ma belle et reviens la chercher plus tard, hein ?» «Ah bon ! Merci beaucoup, dans combien de temps puis-je revenir ?» Et Javier répond : «Tu n’as pas de courses à faire par là ? Bon, disons dans deux petites heures.» Malédiction ! C’est peut-être moins cher qu’en France, mais ça revient au même parce qu’on va dépenser une fortune à faire du shopping. Les «rendez-vous», au fond, sont préférables, on laisse la voiture au garage, en échange on nous en donne une autre, sinon, on reste là à bâiller comme deux ronds de frites… et on dépense !

Un des avantages de la confiance c’est la pitié. Personne ne s’étonne, à voir l’état de la voiture remplies de boîtes de coca-cola, de centaines de cd hors de leurs étuis et de tout un bric-à-brac, ni même du fait qu’on ne voit pas par les vitres, soit dit en passant, ça ne change rien, parce que c’est moi qui nettoie les carreaux de la maison, je suis habituée et je suis bien placée pour savoir que ça ne sert à rien, j’ai une bonne vue , je suis encore jeune et je suis une femme, alors je maîtrise la situation.

L’autre jour, j’ai voulu mettre ma voiture à laver – en France – dans une station mais on m’a dit par téléphone qu’il fallait d’abord qu’ils la voient, ensuite, ils fixeraient un prix c’est-à-dire qu’ils feraient le devis puis enfin qu’ils pourraient la laver. J’y suis allée, c’était incroyable parce que ma porte avant était bloquée et j’ai dû sortir par la porte de droite. Bien entendu, j’étais en robe et j’ai dû faire tout un cinéma – tout en voulant être discrète. Déjà voir sortir la conductrice par la porte du passager, ça les a passablement surpris. Dès qu’ils ont remarqué mon fort accent étranger, ils m’ont dit qu’ils voulaient d’abord inspecter la voiture. En combien de temps ! J’ai tout de suite vu que son cœur faisait des bonds quand il a ouvert les portes et qu’il s’est rendu compte de la situation. Il devait d’abord arranger la porte avant de faire le nettoyage. Le devis montait à 193,25 €, un rien ! J’en bavais de plaisir de penser qu’enfin quelqu’un allait nettoyer ma voiture, mais, à ce prix, quand même ! Je sais bien que c’est nickel, mais, enfin… Ouf ! Bon, monsieur, je vais d’abord venir et vous arrangerez ma portière, hein ! Ensuite, je rappellerai pour avoir le devis et enfin, je viendrai avec la voiture (en France, la voiture est au féminin !). Très bien, madame. Je suis remontée par la porte du passager devant tous ceux qui étaient là et qui me regardaient, étonnés. Moi, tranquille comme Baptiste.

Bon avec tout ça, je m’aperçois que les hommes sont de vraies commères et des malins qui font des commentaires sur l’état de ma voiture sans qu’on leur ait rien demandé mais,  il faut les laisser faire, c’est comme ça qu’ils s’épanouissent et qu’ils se réalisent. Aider une fille, une femme ou une dame à régler les problèmes de voiture, ça les rend plus humains, ils se rendent utiles devant les autres, peut-être pour la première fois de leur vie, il faut les encourager.

  • Isidora Revista

    Isidora. Revista de Estudios Galdosianos es una publicación cultural y académica fundada en 2005 y especializada en Benito Pérez Galdós, literatura española, crítica textual, traducción, estudios culturales e historia intelectual. Con ISSN 1699-5996, la revista desarrolla además proyectos dedicados a la cultura canaria, el Observatorio Galdós-Negrín y la difusión internacional de las humanidades.

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