
Eduardo Montagut
La présence de la Bible dans les loges ou ateliers maçonniques a fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreux débats au sein de la franc-maçonnerie. Nous apportons ici un document historique consulté dans la revue maçonnique espagnole des années 1930, Latomia, qui, dans son premier numéro, paru en 1932, aborda cette question dans sa rubrique de consultations maçonniques.
La question portait sur la signification de la Bible dans les ateliers. Il fut répondu que celle-ci était uniquement symbolique et jamais dogmatique, puisque les francs-maçons étaient libres d’y voir le « Livre des Devoirs », religieux et sacré, ou simplement un document éthique, une loi morale élaborée au fil des siècles.
La franc-maçonnerie, dans son ensemble et à quelques exceptions près, acceptait la Bible comme fondement de son symbolisme, lequel était en partie tiré des Saintes Écritures elles-mêmes.
Concernant les exceptions, la rubrique rappelait qu’en 1877 le Grand Orient de France avait supprimé de ses Constitutions la formule du Grand Architecte de l’Univers et avait, par conséquent, également décrété le retrait de la Bible de ses ateliers. Il semblerait que le Grand Orient de Belgique ait agi de la même manière. Cela aurait été, toujours selon la source que nous utilisons, la cause de la rupture des relations avec la franc-maçonnerie anglo-saxonne.

Parmi ces exceptions, il était également fait mention de la Grande Loge de Bayreuth, qui n’entretenait pas de relations avec la Grande Loge territoriale d’Allemagne parce qu’elle avait remplacé la Bible par ce que l’on appelait le « Livre blanc » : un volume dont toutes les pages étaient vierges, à l’exception de la première, sur laquelle figurait le nom de Dieu.
De son côté, l’Association maçonnique du Soleil levant remplaçait la Bible par un livre de science, tandis que la loge « Fraternité » de Hanovre utilisait un volume contenant les maximes de sagesse de toutes les religions.
À l’inverse, dans la franc-maçonnerie nord-américaine, chaque initié recevait un exemplaire de la Bible.
À l’autre extrême, il était indiqué que, dans certaines loges, la Bible faisait l’objet d’un véritable culte. Toutefois, une telle pratique ne correspondrait pas réellement à l’esprit maçonnique, pas davantage que sa suppression.
Pour la revue espagnole, la Bible devait constituer un lien d’union de nature symbolique, et jamais dogmatique. Cette interprétation se heurtait néanmoins aux deux positions extrêmes évoquées, représentées par ceux que la publication qualifiait de « piétistes » et de « rationalistes ».
Enfin, certains ateliers avaient coutume de compléter la Bible par le livre des Anciens Devoirs et par la Constitution de la Grande Loge. Il était également précisé que, dans les loges exclusivement composées de musulmans, la Bible était remplacée par le Coran et, dans les loges hindoues, par les Livres sacrés de l’Inde.
Ainsi, d’une manière générale, la Bible apparaissait dans la franc-maçonnerie comme un élément important, mais de nature symbolique et non religieuse. Il semble qu’il en soit encore ainsi aujourd’hui.

























