
Eduardo Montagut
Dans cet article, nous poursuivons un double objectif. Nous souhaitons tout d’abord explorer la notion de république au XVIIIᵉ siècle, entre le modèle hérité des Temps modernes et les conceptions développées par les Lumières, puis examiner sa mise en pratique lors de l’instauration de la Première République pendant la Révolution française.
En raison de leur formation classique et de leur passion pour l’Antiquité, les penseurs des Lumières concevaient la république dans le prolongement de l’univers gréco-romain. Leurs héros étaient les artisans de la démocratie dans la polis athénienne classique, ainsi que les représentants les plus authentiques de la République romaine, notamment ceux qui s’étaient opposés à la dérive autoritaire de Jules César, comme Brutus.
Cependant, les intellectuels du siècle des Lumières connaissaient également les régimes républicains de l’Ancien Régime, tels que les républiques de Venise et de Gênes, la Confédération suisse, les villes libres allemandes ou encore le cas particulier des Provinces-Unies. Ces exemples conduisirent Montesquieu et Rousseau à considérer que les républiques ne pouvaient véritablement s’épanouir que dans des États de faible étendue. Rousseau exalta par ailleurs la souveraineté du peuple, qui devait constituer le fondement même du régime républicain.
Il était néanmoins évident que les républiques des Temps modernes étaient, dans la plupart des cas, des régimes politiques oligarchiques. Le pouvoir y demeurait réservé à une minorité de citoyens. Il est également vrai que, dans les années 1780, avant la Révolution française, des soulèvements éclatèrent à Genève et, surtout, dans les Provinces-Unies. Leurs protagonistes exigeaient une transformation profonde de leurs régimes respectifs et réclamaient que les droits politiques soient étendus à l’ensemble des citoyens.

Le soulèvement genevois de 1782 fut écrasé par les troupes françaises et piémontaises. Les Anglais et les Prussiens se chargèrent de réprimer celui des Pays-Bas en 1788. Les monarchies n’étaient pas disposées à tolérer des changements aussi profonds au cœur de l’Europe. Les insurgés, connus à l’époque sous le nom de « patriotes », trouvèrent alors refuge en France.
La république qui triompha à cette époque vit cependant le jour de l’autre côté de l’océan Atlantique. Les colons américains, engagés dans une guerre contre la métropole britannique, créèrent une république, adoptèrent une Constitution et élurent un président. L’influence de cette expérience fut considérable.
Lorsque la Révolution éclata en France, l’esprit républicain n’était pourtant pas aussi puissant qu’on pourrait le supposer à première vue. Les révolutionnaires aspiraient à une transformation politique profonde, mais souhaitaient encore préserver le principe monarchique. Ce furent les manœuvres politiques de Louis XVI qui accélérèrent le désir d’instaurer une république.
La fuite à Varennes, en juin 1791, provoqua la première journée républicaine, qui s’acheva par le massacre du 17 juillet 1791. La politique adoptée par le roi à l’égard de l’Assemblée, et notamment son recours fréquent au droit de veto, entraîna l’organisation des journées du 20 juin et du 10 août 1792. Le roi fut arrêté et les révolutionnaires décidèrent qu’il fallait changer de régime politique. La Constitution de 1791 n’étant plus considérée comme valable, l’Assemblée fut dissoute et des élections furent convoquées afin de former une nouvelle assemblée, à la fois législative et constituante : la Convention.
Lors de la première séance de la Convention, tenue le 21 septembre, le décret abolissant la monarchie en France fut adopté par acclamation. Un autre décret inaugura une ère nouvelle : la France entrait dans l’an I de la République.
Le sceau, ou emblème, de la France fut également modifié. Il représenterait désormais un faisceau et un bonnet de la liberté, accompagnés de l’inscription « République française ». Celle-ci était proclamée une et indivisible, tandis qu’un appel était adressé à l’armée et aux soldats afin qu’ils la défendent contre ses ennemis.
La Constitution de l’an I fut la première constitution de la République française. Elle fut rédigée très rapidement et porta profondément l’empreinte des Jacobins. Après son adoption, elle fut soumise au référendum.
Cette Constitution s’ouvrait sur une déclaration des droits plus avancée que celle de 1789. Elle reconnaissait le suffrage universel, le droit au travail, le droit à l’instruction — c’est-à-dire à l’éducation —, le droit de pétition et le droit à l’insurrection lorsque le gouvernement ne répondait pas aux aspirations de la majorité. Le droit au bonheur y était également proclamé, dans ce qui constituait un vibrant hommage à la pensée des Lumières.
La Constitution affirmait la souveraineté populaire, principalement grâce au suffrage universel, mais aussi au moyen de différentes mesures de contrôle citoyen. La durée du mandat des députés était strictement limitée, tout comme celle d’autres fonctions publiques, notamment celles des juges et des responsables municipaux.
Des mécanismes furent en outre établis afin que les citoyens puissent contrôler les actes et les décisions de leurs représentants et participer directement au processus de prise de décision.

























