
Rosa Amor
Ce titre me rappelle une des chansons de Charles Aznavour parmi les plus étonnantes et les plus sentimentales. J’ai toujours aimé ce chanteur, arménien de naissance, tout à fait habitué à la France, à son esprit et surtout à la prononciation de cette langue magnifique. Il a fait bien des choses admirables dans sa vie, des choses surprenantes aussi. Il a composé tout ce qu’on peut imaginer durant sa vie d’artiste et de bohémien. Il faut le voir… Toute petite, entourée de gens plus âgés que moi, je fredonnais ces mélodies qui n’étaient pas de mon âge.
J’écoutais avec étonnement et une étrange nostalgie toutes ces chansons de bohème de Charles en espagnol, mais cette passion s’est ensuite transformée en admiration lorsque je les ai entendues en français. Maintenant que je vis en France, c’est encore plus agréable et je les comprends mieux, je dirais que c’est une sorte de rêve, ce rêve de pouvoir comprendre les choses. Il est bien probable que les paroles n’avaient rien à voir avec la réalité espagnole ni avec ma vie à moi, en ce temps-là.

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Quand je suis venue vivre ici, il venait de publier son dernier cd : «Je voyage». Il en a ensuite enregistré bien d’autres en direct sur diverses scènes. Une des choses qui m’étonne c’est que les Français louent leurs artistes et leur sont fidèles au fil du temps et jusqu’au bout. Je crois que nous n’avons pas d’équivalent en Espagne. Les vieilles gloires, les grands, une fois arrivés à un certain âge passent à l’oubli. Ce n’est que lorsqu’ils meurent que, parfois, on leur rend hommage et encore… par exemple, ce fut le cas de Delibes, le roi n’a même pas daigné se déranger. Il va pourtant à certaines fêtes ridicules et très coûteuses. «Vivent les chaînes !» disaient les opposants au libéralisme.
En tout cas, plus c’est ancien plus ça me plaît. Les concerts en direct d’Aznavour n’ont rien perdu de leur vivacité, il a toujours la pêche, y compris lorsqu’il chante ‘Les comédiens’, il chante le refrain sur un pas de danse qu’il accompagne d’un geste de la main. Grâce à Youtube, on peut toujours le voir, magnifique, au côté de Liza Minnelli en duo, faisant tous les deux des pas de danses comme de bons comédiens qu’ils sont et que nous sommes tous dans la vie. Je trouve la chanson française triste et mélancolique, triste et sentimentale, romantique diraient certains, moi je ne la considère pas romantique, c’est parfois existentialiste, énormément. ‘Mourir d’aimer’, ‘La critique’, ‘Il faut savoir’, ‘Ma jeunesse’… et tant de titres qui parlent d’amours perdues, de promesses non tenues, de projets non réalisés, de baisers non donnés, de voyages…
J’ai beau être espagnole (ça se remarque peut-être parfois ici, très peu là-bas… là-bas, je suis très française, disons qu’on me trouve bizarre) je ressens un attrait pour ce type de mélodies traînantes et tristounettes qu’on peut trouver dans un Bistro aux carreaux battus par la pluie. Cette pluie ne procure aucune gêne et oblige parfois deux amis à se prendre par la main et à marcher sous le même manteau. Cet ‘Hier encore’ parle du temps qui passe et du temps où l’on avait 20 ans.
Je ne regrette jamais rien mais en entendant cette chanson, j’avoue que j’aimerais bien revenir au temps d’autrefois, me libérer des responsabilités et de cette maturité horrible qui me tourmente l’âme. Une larme a glissé sur ma joue et plus le temps passe plus je sens une multitude de larmes.

























