
Pierre Audureau
Il était une fois un grand édifice appelé Dictionnaire de la langue espagnole, de taille colossale
et hors de toute norme qui, au dire des choniqueurs, occupait le quart d’une
table, de celles, destinées à divers usages, que nous voyons dans les maisons des hommes.
Si nous devons croire un document ancien trouvé dans un très vieux secrétaire,
lorsqu’on rangeait ledit édifice dans les étagères de son propriétaire, laplanche qui le soutenait
menaçait de se briser, avec de grands risques pour tout ce qu’elle supportait. Il étail
fait de deux larges murailles de carton, doublées de peau de veau marbrée, et sur la façade,
qui était également de cuir, on voyait un grand encadrement avec des lettres dorées, qui
annonçcaient au monde et à la postérité le nom et la signification de ce gran monument.
A l’interieur c’était un labyrinthe si merveilleux, que même celui de la Crète ne l’eût
pas égalé. Il étail cloisonné par pas moins de six cents parois de papier avec leurs numéros,
appelées pages; Chaque espace était divisé à son tour en trois corridors, ou couloirs,
très grands, et dans ces couloirs se trouvaient d’innombrables celulles, occupées
par les huit ou neuf cent mille êtres qui avaient leur logement dans cette très vaste enceinte.
Ces êtres s’appelaient les mots.
















